Article publié le : 9 septembre 2020

Port-au-Prince, Haïti

Depuis décembre 2019, le monde vit un chapitre fascinant dans son histoire. La Covid-19 se propage sans relâche d’un individu à un autre, d’un pays à un autre, pour devenir aujourd’hui une pandémie qui provoque l’urgence sanitaire mondiale.

Haïti, par sa position géographique avec des frontières terrestres, maritimes et aériennes qui s’ouvrent à d’autres pays, n’a pas été épargné de ce fléau pandémique qui ne cesse de mettre à l’épreuve de nombreux systèmes de santé des pays voisins et lointains. L’évolution et les dégâts causés par cette maladie dans les pays mieux préparés, mieux équipés en système sanitaire, ont surpris et provoqué une très grande crainte dans le domaine de la santé publique en Haïti.

Haïti s’est vite retrouvé avec son premier cas suspect, importé en mars 2020 selon le ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP). À ce moment, le gouvernement a rapidement décrété l’état d’urgence sanitaire en demandant aux écoles, églises et autres lieux publics de fermer leurs portes afin d’éviter la propagation de la Covid-19, ceci sans délai. Le premier cas de décès est arrivé en avril 2020.

Affronter la pandémie, entre les besoins primordiaux, les remèdes locaux et la désinformation

Au début, une certaine résistance a été remarquée au niveau du personnel soignant dans quelques centres hospitaliers, créée par le manque de matériel adéquat afin de recevoir ce type de patient. Le gouvernement a alors pris la décision de commander à l’étranger du matériel et des équipements médicaux pour faire face à cette situation. Dans l’attente, avec le peu de tests dont disposait le Laboratoire National, des cas de confirmation ne tardaient pas à augmenter tous les jours. Des sites de prélèvement et de traitement ont été identifiés. Malgré cela, les citoyens faisaient peu confiance aux informations qui circulaient à propos de cette pandémie, notamment concernant son mode de contamination ou les chiffres présentés. Le transport en commun restait de même et les marchés publics étaient toujours bondés de monde. Des manifestations populaires ont même eu lieu : des troupes de Rara sont sorties dans les milieux ruraux. Les citoyens ont préféré ne pas mourir de faim ou de stress que de mourir avec la Covid-19.

Les autorités sanitaires, à travers une cellule scientifique, ont fait des recommandations sur les gestes barrières à respecter et le confinement. Cependant, ces derniers n’ont presque pas été respecté, notamment parce que le peuple vit dans une situation socio-économique exécrable, où il doit sortir tous les jours pour trouver son pain quotidien. Un regard sur l’aspect social de la maladie montre que le peuple haïtien croit fortement dans sa propre façon de gérer ses problèmes de santé et de combattre les maladies infectieuses, ayant déjà fait face au Choléra, au Zika, au Chikungunia, etc. Culturellement, les Haïtiens ont aussi tendance à attribuer l’apparition de nouvelles maladies incompréhensibles à la sorcellerie. De ce fait, ils utilisent leur propre moyen de prévention et de traitement qui passe particulièrement par les feuilles (en faisant des tisanes : asorosie, gingembre, citron, etc.). Ils cherchent à dynamiser leur système immunitaire par toute sorte de composition des plantes (au risque de provoquer un problème de surdosage). Ils croient également que ce soleil que nous avons est d’une grande protection.

La population a tout de suite développé des stratégies d’adaptation (sport, cuisine, bricolage, etc.) pour surmonter les quatre mois de « confinement » qui ont été imposés; car, rester enfermé chez soi, sans électricité, sans avoir de quoi manger, n’est pas chose facile.

Sur le plan économique, cette pandémie suscite un risque d’insécurité alimentaire qui va engendrer sans doute la malnutrition partout dans le pays, une réduction du pouvoir d’achat et des pertes d’emploi significatives.

À partir de mai 2020, selon la cellule scientifique créée par le ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), nous étions au pic de la maladie. Cette cellule s’attendait à avoir des milliers de morts par jour et envisageait même le recours à des fosses communes. En réalité, à cette date, 60 à 70 % de la population a présenté des symptômes courants du coronavirus : fièvre, toux sèche, maux de tête, courbatures, congestion nasale, perte de goût et de l’odorat, fatigue, etc. Pour la cellule scientifique, il s’agissait bel et bien de la Covid-19, mais la population, de son côté, banalisait la maladie, l’appelait « petite fièvre » soit une fièvre ordinaire qui, à l’aide de thé fait à la maison, aurait disparu après quelques jours. Selon la population, seules les quelques personnes présentant des cas de morbidité comme le diabète, l’hypertension artérielle, le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), et qui sont arrivés à l’hospitalisation, avaient peut-être contracté le coronavirus. Au début, certaines personnes pouvaient en frapper d’autres si elles se mettaient à tousser : à cause du coronavirus qu’ils considéraient comme une maladie incurable. Heureusement, des personnes se remettaient rapidement sur pied après avoir pris certains thés.

Le rôle des infirmières et infirmiers dans la gestion de cette pandémie

Pour parler du rôle des infirmières et des infirmiers dans la gestion de la Covid-19 en Haïti, selon une infirmière qui travaille à l’hôpital, Magalie Desravines, le coronavirus était considéré comme une nouvelle maladie infectieuse qui demande une approche particulière par rapport à l’ensemble des informations qui circulent autour de la maladie. Au départ, le personnel de santé était très anxieux, mais, à partir des recherches scientifiques, les infirmières et les infirmiers ont compris que la transmission de la maladie se base sur le non-respect des principes barrières; d’où l’éducation, l’information et la communication s’avèrent importantes pour réduire la prévalence. Toujours selon madame Desravines, la prise en charge des patients hospitalisés était surtout centrée sur la recherche de comorbidité et la réduction des risques de complications. Les résultats obtenus, à partir de cette baisse du taux de morbidité, réduisent le taux de mortalité.

Nous, personnels soignants, demeurons ainsi fermes à croire que le coronavirus n’est pas la première et encore moins la dernière pandémie cruelle que l’humanité aura à affronter. C’est ce qui ne fait pas d’elle une fatalité, mais plutôt une situation compliquée qui demande à être surmontée. Nous devons toujours rester vigilants en respectant les gestes barrières d’hygiène qui nous servent d’armure, comme le lavage des mains, la distance sociale et le port des masques en milieu public afin d’éviter une deuxième vague de contamination. Nous réalisons aussi combien il est important que le système sanitaire haïtien soit renforcé par la structuration et l’équipement des hôpitaux et la formation des cadres de la santé, pour laquelle l’École Supérieure des Sciences de la Santé (ESSA) compte apporter sa contribution. Nous continuons donc à mettre de l’avant une campagne de sensibilisation et un processus de rééducation sur la modalité de développer une protection mutuelle. Ces aspects sont primordiaux, d’autant que le gouvernement parle de « déconfinement », avec l’ouverture de tous nos ports.

Nous comprenons donc que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a salué l’effort des dirigeants haïtiens dans la gestion de cette pandémie. Des pays mieux structurés craignent une deuxième vague de contamination. Nous espérons que les dirigeants, ainsi que tous les citoyens haïtiens, restent vigilants afin d’éviter le pire pour Haïti, qui est un pays très vulnérable, où toutes les conditions sanitaires sont réunies pour la propagation de la Covid-19 et qui pourrait entraîner une catastrophe. Car « Mieux vaut Prévenir que Guérir ».

 

Louna Ciril Hyacinth
Directrice générale
École Supérieure des Sciences de la Santé (ESSA) 

 

1 réponse
  1. Avatar
    KOUYATE dit :

    Le rôle de l’infirmier dans la prise en charge des malades du Covid 19 est fondamental. Il ne s’agit pas seulement de donner des médicaments aux malades mais il faudrait bien que la sensibilisation suivent. Chez nous en Afrique et particulièrement au Mali la population est encore sceptique et ne croit guère à l’existence de cette Pandémie. le mystique et les croyances religieuses ont pris le dessus sur ce qui est évident.
    Nous sommes les soldats de la santé:nous continuerons toujours la sensibilisation tant que la Pandémie sera là et même au delà car il faut craindre une résurgence.

    Répondre

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