La question de la formation que reçoivent les infirmières et les infirmiers préoccupe un grand nombre de personnes. Au premier plan, les patients, leurs familles, les professionnels et les gestionnaires de la santé souhaitent recevoir ou donner des soins de qualité. Également, les responsables des appareils gouvernementaux des pays misent sur les infirmières et les infirmiers pour le fonctionnement optimal de leurs systèmes de santé respectifs. C’est pourquoi, au regard de la complexification des besoins de santé et des systèmes de santé, plusieurs instances, dont le SIDIIEF, ont pris position pour la formation universitaire des infirmières et infirmiers.

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Face à l’ampleur du problème qui ne cesse de croître — comme en témoignent les dernières statistiques — l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a décidé d’instaurer, le 17 septembre, la Journée mondiale de la sécurité des patients. Cette dernière vise à informer et mobiliser toutes les parties prenantes, avec la campagne « Sécurité des patients — Faites vous entendre ».

Le Secrétariat des infirmières et des infirmiers de l’espace francophone (SIDIIEF), qui a fait de ce dossier l’un de ses chevaux de bataille, reste profondément préoccupé par les récentes données publiées et appuie les recommandations de l’OMS qui, depuis 2008, plaide en faveur du contrôle des coûts de non-qualité et de l’optimisation des compétences professionnelles pour répondre à des besoins de santé de plus en plus complexes.   

 

Derrière une journée mondiale, des données inquiétantes 

Cette journée mondiale sert à nous rappeler que « chaque année, des millions de patients sont victimes d’effets indésirables dus à des soins à risque. Les conséquences individuelles, sociales et économiques des préjudices causés aux patients se comptent en milliers de milliards de dollars US dans le monde » (OMS, septembre 2019). 

Encore en 2019, les données restent alarmantes : 

  • 4 patients sur 10 subissent des préjudices dans les structures de soins de santé primaires ou ambulatoires; jusqu’à 80% de ces cas peuvent être évités ;
  • Au moins 5 patients meurent chaque minute à cause de soins à risque ;
  • 134 millions d’événements indésirables se produisent chaque année à cause de soins à risque dans les hôpitaux des pays à revenu faible ou intermédiaire, entrainant 2,6 millions de décès par an.

 

Un risque non seulement humain, mais également financier 

En plus d’être dommageable au patient, l’erreur coûte cher aux systèmes de santé. Par exemple, 15% des dépenses hospitalières peuvent être imputées au traitement des problèmes de sécurité des patients dans les pays de l’OCDE.  

Espérant faire des économies budgétaires en coupant dans l’expertise du personnel soignant, les systèmes de santé se retrouvent bien souvent avec des dépenses liées aux conséquences de ces coupures sur la sécurité des patients. 

 

Les recommandations du SIDIIEF, plus que jamais d’actualité 

Dans son Mémoire sur la qualité des soins et la sécurité des patients : une priorité mondiale (2015), le SIDIIEF a émis plusieurs recommandations qui demeurent d’actualité, notamment:  

  • L’utilisation optimale des effectifs infirmiers pour un meilleur ratio coût-efficacité; 
  • La présence d’un nombre suffisant de professionnels de santé hautement compétents comme préalable à toute démarche d’amélioration de la qualité des soins et de la sécurité des patients; 
  • L’importance de la mesure d’indicateurs sensibles à la qualité des soins infirmiers.

 

Des infirmières et des infirmiers qualifiés en nombre suffisant 

La profession infirmière a toujours accordé la plus grande priorité à la sécurité des patients. C’est pourquoi les infirmières et les infirmiers revendiquent la capacité d’exercer leur profession selon des normes de qualité reconnues. Dans son Mémoire, le SIDIIEF soulignait que «des efforts considérables sont consacrés à la sécurité des patients par les directions de soins infirmiers. Toutefois, les décisions administratives de niveau supérieur touchant l’allocation des ressources viennent parfois affecter la capacité à respecter les normes de soins». 

En effet, la pénurie d’infirmières et d’infirmiers, les méthodes de dotation inappropriées et les effectifs insuffisants posent une menace importante à la sécurité des patients. Les instances administratives, pressées par des exigences budgétaires, n’ont pas toujours tenu compte des résultats de soins dans la recherche d’efficience. Pourtant, la littérature démontre les impacts économiques positifs d’une pratique infirmière de qualité, c’est-à-dire des effectifs suffisants et qualifiés (SIDIIEF, 2015). Des études internationales ont également calculé les gains, notamment le bénéfice économique lié à la réduction des complications, des temps de séjour, des réadmissions, des erreurs et des incidents évitables.  

 La planification des effectifs infirmiers (volumétrie) doit impérativement s’appuyer sur des indicateurs de qualité qui ont un impact sur les patients.  

 

Pour une culture de l’amélioration 

Pour être efficace, le recours aux indicateurs et aux normes de qualité reconnues doit s’inscrire dans une réelle culture de la qualité, culture dans laquelle les accidents doivent être étudiés et servir d’enseignement. Cette culture de la qualité est le levier indispensable d’amélioration pour empêcher les accidents évitables. 

C’est pourquoi, dans sa prise de position sur la qualité des soins et la sécurité des patients, le SIDIIEF a invité les leaders de la profession à accroître leur intérêt pour la mesure des résultats de soins. Le SIDIIEF a financé une étude qui, par une revue de la littérature analytique, a permis de circonscrire les indicateurs prioritaires en matière de qualité des soins infirmiers : Indicateurs prioritaires pour évaluer la contribution infirmière à la qualité des soins.  

De cette étude, six indicateurs sensibles à la qualité des soins infirmiers ont été identifiés comme pouvant produire des changements dans la condition des patients et offrant les meilleures perspectives de comparabilité internationale. Ces six indicateurs doivent être intégrés aux statistiques nationales et internationales, telle la Classification internationale des maladies (CIM), base de données de référence internationale.

 

Six indicateurs prioritaires sensibles aux soins infirmiers :

  • Plaies de pression
  • Erreurs d’administration de médicaments
  • Infection urinaire par cathéter
  • Chutes
  • Durée de séjour hospitalier
  • Réadmissions

 

Il est essentiel que la profession infirmière intègre à sa pratique ces indicateurs dans un but d’amélioration continue de la qualité des soins. Pour exercer une influence sur les politiques de santé et les décisions administratives, les services infirmiers locaux et nationaux doivent s’approprier davantage les bases de données internationales utilisées par les pays et les rapports comparatifs, les analyser, les critiquer et émettre des recommandations.  

 

La force d’une intelligence collective 

Afin de poursuivre la réflexion, le SIDIIEF a réuni des experts infirmiers mondiaux en créant en 2017, un conseil consultatif qui a pour mandat d’éclairer la communauté infirmière francophone sur cet enjeu critique et de proposer des pistes d’actions prometteuses. Ainsi, dans le cadre du 7e Congrès mondial du SIDIIEF à Bordeaux (France), le conseil consultatif a invité la communauté infirmière à discuter autour du thème «La qualité des soins: la profession infirmière face aux défis de performance». Ces discussions ont permis de réaffirmer les éléments suivants : 

  • dans un contexte de maîtrise impérative des coûts, le potentiel de la profession infirmière à contribuer à la réduction de risques et à l’amélioration du ratio coût-efficacité doit être reconnu et promu par les administrations locales et gouvernementales 
  • la profession doit promouvoir et revendiquer le développement et l’utilisation d’indicateurs de qualité, permettant une évaluation à sa juste valeur des interventions infirmières par les décideurs. 

 

Ensemble pour la sécurité des patients  

C’est en alliant cette intelligence collective internationale, toujours à l’affût des meilleures pratiques, à l’évaluation sur le terrain des éléments voués à l’amélioration, évaluation portée par une réelle culture de la qualité, que les systèmes de santé pourront améliorer la sécurité des patients. Un système dans lequel, faut-il le rappeler, les infirmières et les infirmiers jouent un rôle clé.

 

 

Pour aller plus loin : 

Enfant vaccination

Alors que l’épidémie de rougeole défraye la chronique en prenant des proportions mondiales inusitées, et en cette Semaine mondiale de la vaccination qui débute aujourd’hui, le SIDIIEF appuie l’objectif de cette campagne 2019 de l’OMS : sensibiliser l’opinion publique à l’importance vitale de la vaccination complète tout au long de la vie. L’atteinte de cet objectif passe par le combat envers les fausses croyances ou fake news. Et dans ce combat, la profession infirmière a un rôle important à jouer.

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La profession infirmière se trouve à un tournant. Son rôle dans les systèmes de santé est parfois contesté, comme cela semble être le cas en France avec la préparation en ce moment d’une possible modification réglementairequi aurait pour objectif d’étendre le champ d’intervention des aides-soignants au milieu ambulatoire, et devenir des assistants médicaux en se voyant déléguer des missions directement par les médecins. Les infirmières et infirmiers libéraux (c.-à-d., soins à domicile) verraient ainsi réduire leur rôle fondamental dans l’organisation des soins primaires au plan territorial. En Suisse, la 9 mars 2018, le rejet par le Conseil Fédéral de l’initiative populaire « Pour des soins infirmiers forts » montre que la résistance au développement des soins infirmiers se joue au plan national.

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Le SIDIIEF célèbrera en 2020 ses vingt ans d’existence. Il est aujourd’hui une organisation reconnue sur la scène internationale. Le magazine français en ligne Actusoins l’a ainsi qualifié d’organisation structurante pour la profession infirmière. Si le SIDIIEF a pu s’engager pleinement dans des actions politiques visant à mettre en valeur la contribution de la compétence infirmière aux grands enjeux de santé, c’est grâce à l’engagement de ses membres qui soutiennent sa mission depuis sa création. À cet égard, il est essentiel de souligner la contribution exceptionnelle de ses membres fondateurs, soit l’Ordre des Infirmières et Infirmiers du Québec et l’Institut et Haute École de la Santé La Source en Suisse, ainsi que l’ensemble des membres promoteurs du SIDIIEF.

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Le gouvernement français a annoncé un plan de réorganisation des services de santé dans lequel il introduit un nouveau métier : les techniciens médicaux en structures ambulatoires. Ils sont présentés comme « des professionnels qui aideront nos médecins dans les prochaines années… 15 à 20 % de temps médical pourrait être gagné ».

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