Article publié le : 5 mai 2020

Selon plusieurs analystes et observateurs, la pandémie de COVID-19 est considérée comme la pire crise depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle tétanise le monde, car nous n’avons ni traitement ni vaccin, et une connaissance incertaine de son évolution clinique. L’épidémie aura laissé sa marque tragique: les victimes se comptent par millions, le nombre de décès par centaines de milliers, sans oublier plus de 4  milliards de personnes confinées à travers le monde.

Le meilleur et le pire : le double reflet du miroir

Comme pour toutes les crises auxquelles a fait face l’humanité, celle-ci révèle à la fois le meilleur et le pire de nos civilisations. Le meilleur, parce que nous avons tous été témoins d’un élan mondial de solidarité et de générosité sans pareil. Pensons à l’appui du public aux équipes soignantes, au bénévolat et à l’entraide sous ses diverses formes. Pensons également aux efforts internationaux concertés dans la recherche d’un vaccin ou d’un traitement, à la mise en circulation et au partage d’innovations, de connaissances, etc.

De manière concomitante, la crise sanitaire mondiale a également mis en lumière les failles de nos sociétés et de nos systèmes de santé. La pandémie a ainsi tragiquement pointé du doigt les problèmes criants dans les soins gériatriques. Parfois surnommée « boomer  remover » (éliminateur de baby-boomers) sur les réseaux sociaux, cette maladie décime quotidiennement et sans relâche les aînés dans les centres de retraite ou d’hébergement. Certes, les personnes âgées forment le groupe le plus vulnérable face à ce virus. Mais la dévalorisation des soins gériatriques est en grande partie responsable de cette hécatombe. Depuis plusieurs années, ce secteur manque d’investissements nécessaires. Les soins gériatriques sont méconnus, voire banalisés, et souvent qualifiés de soins de base. Aucune reconnaissance n’est faite de toute l’expertise et l’exigence nécessaires pour intervenir auprès des aînés malades et en perte d’autonomie.

De plus, bien que tous les systèmes de soins se soient rapidement réorganisés pour lutter contre la pandémie, force est de constater que nos établissements de santé n’étaient pas préparés à affronter un tel fléau, aussi inattendu que virulent. Et cette réorganisation a un coût. Afin d’assurer du personnel et des places suffisantes dans les soins intensifs ou de réanimation, toutes les autres activités de soins ont malheureusement été mises en attente : chimiothérapie, chirurgies électives, vaccination, etc. Il faut cependant s’organiser pour assurer les soins indispensables et éviter des ruptures aux effets délétères. C’est ce que le Dr Alain Vadeboncoeur, chef du département de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal (Québec, Canada) nomme  « les angles morts » :  « Le premier angle mort était celui des patients de CHSLD. Le second pourrait bien être ces patients non-COVID qui actuellement ne peuvent être traités ou opérés, sauf urgence. »

La délicate étape du déconfinement

Ces derniers temps, l’épidémie semble prendre un peu de recul et desserrer ses griffes. Les prochains jours s’ouvrent alors sur une nouvelle étape. Malgré les incertitudes médicales, les avis d’experts parfois contradictoires ou les enjeux de la relance économique, nous devons avancer avec prudence et de manière progressive vers le déconfinement. Un déconfinement entouré d’une myriade de précautions. Les gouvernements organisent le déconfinement avec une extrême prudence et se donnent la possibilité, au besoin, de faire marche arrière. Dans un contexte aussi incertain, le mode agile teinte désormais, et pour longtemps encore, notre quotidien. Nous avançons vers un retour à la vie sociale, mais avec, toujours en filigrane, les règles de santé publique devenues le  «new normal » : port du masque, distanciation sociale, confinement lors d’apparition de symptômes, lavage fréquent des mains, etc.

En avançant vers ce nouveau chapitre, il serait judicieux de réaliser, dès à présent, un bilan d’étape à chaud, pour nos systèmes de santé et pour notre profession.

Repenser l’avenir – Infirmières et infirmiers au gouvernail!

Dès aujourd’hui les experts de tous les domaines de la société sont appelés à « réinventer le monde » de la post-pandémie. Nous avons là une occasion unique de remettre de l’ordre dans les systèmes de santé et l’organisation des soins, d’améliorer ce qui fait défaut et de nous préparer pour les prochaines crises sanitaires. Qu’avons-nous appris ? Comment repenser les soins aux personnes âgées dans nos sociétés occidentales ? Nos systèmes de santé seront-ils suffisamment prêts à répondre à une deuxième ou une troisième vague, comme cela a été le cas pour la grippe espagnole ? Pour la profession infirmière, c’est aussi l’heure du premier bilan. Quelles leçons pouvons-nous tirer de cette pandémie ? Comment nous préparer pour la suite ? Partout, les directions de soins infirmiers sont au cœur de l’action. Elles ont joué un rôle de premier plan pendant cette période si particulière, tant pour la réorganisation des soins que la gestion de l’épidémie et de ses conséquences. Malgré cela, si la charge de travail actuelle des infirmières et des infirmiers est reconnue, leur expertise et leur leadership clinique restent encore trop peu considérés.

Dans un élan de reconnaissance, on a qualifié les soignants « d’ange gardien ». Si elle part d’une bonne intention, cette expression, rappelant la dévotion, soulève un questionnement profond sur notre capacité, comme groupe professionnel, à faire connaitre et reconnaitre notre expertise et notre capacité d’innovation.

Cette image de l’infirmière « ange gardien » n’est pas sans rappeler la ballerine, autre figure féminine souvent réduite à une image-type. L’oeil du spectateur ne voit qu’élégance. Et pourtant derrière la grâce, se cachent le haut niveau d’expertise, les pieds ensanglantés et les nombreuses heures de pratique. Il en va de même pour l’expertise infirmière. Le « prendre soin » est exigeant et s’appuie sur un vaste corpus de connaissances encore trop méconnu.

Les infirmières et les infirmiers demeurent trop peu impliqués dans les décisions qui concernent l’évolution des soins et des systèmes de santé. C’est d’ailleurs pour cette raison que dans son rapport sur la situation du personnel infirmier dans le monde, l’OMS en appelle aux décideurs pour renforcer l’influence et le leadership du personnel infirmier et des sages-femmes, et d’y prêter plus d’attention afin que les services de santé s’améliorent. Il est donc de notre responsabilité, comme groupe professionnel, de faire entendre notre voix, de partager nos expériences et nos connaissances, et de faire connaitre le résultat de nos recherches pour participer à la reconstruction du monde post-pandémie. Nous devons être partie prenante des tables de concertation, siéger à des comités scientifiques et être au cœur de tous les comités interprofessionnels qui préparent l’après.

Se repositionner après la crise: être un influenceur incontournable

La post-pandémie constituera un moment opportun pour que la profession se repositionne en tant que leader clinique et influenceur des systèmes de santé. Pour préparer cet avenir, la profession infirmière, actuellement au front, à la  « proue », doit dès à présent accéder à la  « barre de gouvernail ». Comment, en tant que catalyseur de progrès, le SIDIIEF peut-il contribuer à ce mouvement ?

Parce que les grandes idées naissent de rencontres et d’échanges, nous mettrons en place des discussions internationales portant sur l’évolution inévitable de nos sociétés et de la profession. Des acteurs-clés de la profession viendront témoigner de leur expérience, partager leur réflexion et leurs analyses éclairées sur l’avenir.
En leur compagnie, pensons la post-crise, interrogeons les causes et les effets de la pandémie, et inventons, ensemble, le monde d’après.

LES GRANDES DISCUSSIONS

Le SIDIIEF lancera fin mai LES GRANDES DISCUSSIONS : des entrevues en accès libre avec des infirmières et des infirmiers – directeurs de soins, formateurs, experts infirmiers qui partagent leur expertise, les leçons qu’ils ont tirées de la pandémie et leur vision d’avenir. Ces discussions en ligne permettront de dégager les meilleures pratiques et les expertises de pointes.

Avec un regard international qui prend en compte la pluralité des réalités, LES GRANDES DISCUSSIONS serviront à alimenter localement les discussions politiques :

  • En quoi la pandémie a-t-elle mis au défi les directions de soins infirmiers ?
  • Comment se sont réinventés les milieux de formation bousculés par la pandémie ?
  • Qu’est-ce que la pandémie a révélé sur le positionnement de la profession infirmière ?
  • Soins gériatriques – Des changements S’IMPOSENT, mais lesquels ?
  • Quels sont les défis particuliers des infirmières et des infirmiers des pays en développement ?

Voilà quelques-unes des questions qui seront abordées dans ces grands rendez-vous. Tous les membres de la profession sont invités à participer à ces discussions. Ensemble, préparons l’avenir.

Pour rester informé sur:
LES GRANDES DISCUSSIONS,

 

 

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