Article publié le : 8 novembre 2021

Cet article a été rédigé à l’occasion de l’ouverture de la COP26 sur le climat. Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que l’auteur·e et ne reflètent pas nécessairement celles du SIDIIEF.

Contexte

La conférence sur les changements climatiques s’ouvre officiellement à Glasgow. De nombreux dirigeants y proposeront des moyens de contrer le réchauffement climatique et protéger l’intégrité des systèmes écologiques dont les êtres humains dépendent. Le transport automobile est la principale source de pollution atmosphérique dans nos villes. La pollution de l’air est associée au développement de maladies cardiorespiratoires, de cancers, de troubles cognitifs, etc., et elle est l’un des facteurs de risque les plus importants de la mortalité prématurée (Santé Canada, 2017). Les coûts des traitements et des hospitalisations associés à ces maladies se chiffrent en milliards de dollars annuellement (Shanahan et al., 2016). Des études indiquent que les coûts évités en santé par la baisse de la pollution de l’air sont plus grands que la somme des investissements pour réduire les polluants atmosphériques nocifs pour la santé (Schucht, Colette, Brignon, Bessagnet, & Rouïl, 2017). Des interventions pour contrer la pollution doivent être une priorité nationale et internationale (Landrigan et al., 2018). De nombreux experts en appellent même à une transformation sociétale. Je propose donc d’initier une réflexion quant aux rôles et aux implications de la pratique des soins infirmiers dans la réduction de la pollution atmosphérique et ce, intégré dans une démarche d’aménagement urbain.

L’aménagement urbain est une stratégie contribuant à réduire la pollution de l’air et à améliorer la santé. Il a été démontré que le verdissement des villes – par la création d’espaces verts, la plantation d’arbres – a des impacts positifs sur la santé physique et mentale des enfants, des adultes et des personnes aînées (Crouse et al., 2017; Institut national de santé publique, 2017; Nieuwenhuijsen, 2016; Shanahan et al., 2016). La proximité de la résidence à un espace vert augmente la fréquence de l’activité physique (Rao, George, Shandas, & Rosenstiel, 2017), incite les gens à marcher, notamment les personnes aînées (Institut national de santé publique, 2017) et favorise les contacts sociaux (Patz, Frumkin, Holloway, Vimont, & Haines, 2014). Être en présence d’arbres et de jardins pourrait diminuer le stress et l’anxiété, améliorer le sommeil, protéger contre certaines maladies, permettre un meilleur contrôle du diabète et de l’hypertension et diminuer l’embonpoint (Institut national de santé publique du Québec, 2011; Maas, 2006).

La pratique des soins infirmiers s’exerce, majoritairement, dans les centres hospitaliers (CH) et une proportion importante de patients se présentant en CH ont des maladies chroniques. La création et l’accès aux espaces verts ont un impact positif sur l’utilisation du transport actif, l’adoption de saines habitudes de vie et la diminution de la prévalence des maladies chroniques. Il serait donc souhaitable que la pratique des soins infirmiers fasse partie intégrante du plan d’aménagement urbain. Par exemple, le déploiement de cliniques infirmières de proximité dans les quartiers pourrait contribuer à réduire la pollution de l’air. En effet, en offrant un service de santé accessible à distance de marche cela favoriserait les modes de déplacements actifs des citoyens et l’adoption de saines habitudes de vie. Les activités réservées à la profession et le rôle des infirmières, en promotion de la santé et en prévention de la maladie, lui permettent à la fois d’évaluer un patient symptomatique, mais également d’appliquer des mesures préventives (ex. : dépistage de l’HTA, évaluation du risque cardiovasculaire, etc.) chez une personne asymptomatique. Au quotidien, les infirmières constatent que les canicules et les îlots de chaleur exacerbent les maladies chroniques, dont les problèmes cardiorespiratoires. Un des objectifs du verdissement urbain est de contrer le développement des maladies chroniques. En situant, de surcroît, ces cliniques de proximité près d’espaces verts, cela pourrait également contribuer à maximiser les bienfaits du contact avec ces espaces, à développer des interventions infirmières innovantes et des projets de recherches infirmières pour mesurer l’impact de ces cliniques infirmières sur différentes composantes de la santé, dont le bien-être, la santé physique et mentale.

Le réchauffement climatique entraîne des conséquences sans précédent sur la santé des collectivités et des individus. Pour améliorer ou maintenir la santé des populations, il est urgent d’investir dans des interventions qui permettent de réduire la pollution. Intégrer des cliniques infirmières dans un plan d’aménagement urbain permettrait de réduire la pollution de l’air et d’améliorer la santé physique et mentale des citoyens.

Références

  • Crouse, D., Pinault, L., Balram, A., Hystad, P., Peters, P., Chen, H., . . . Villeneuve, P. (2017). Urban greenness and mortality in Canada’s largest cities: a national cohort study. Lancet Planet Health, 1(7), E289-E297. doi:https://doi.org/10.1016/S2542-5196(17)30118-3
  • Institut national de santé publique. (2017). Verdir les villes pour la santé de la population: Revue de la littérature. Québec: Gouvernement du Québec Retrieved from https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/2265_verdir_villes_sante_population.pdf
  • Institut national de santé publique du Québec. (2011). Les espaces verts urbains et la santé. Québec: Gouvernement du Québec
  • Landrigan, P. J., Fuller, R., Acosta, N., Adeyi, O., Arnold, R., Basu, N. N., . . . Zhong, M. (2018). The Lancet Commission on pollution and health. . Lancet (London, England), 391(10119), 462–512. doi:https://doi.org/10.1016/S0140-6736(17)32345-0
  • Maas, J., Verheij, R. A., Groenewegen, P. P., de Vries, S., & Spreeuwenberg, P. (2006). Green space, urbanity, and health: how strong is the relation? Journal of epidemiology and community health, 60(7), 587–592. doi:https://doi.org/10.1136/jech.2005.043125
  • Nieuwenhuijsen, M. J. (2016). Urban and transport planning, environmental exposures and health-new concepts, methods and tools to improve health in cities. Environmental health : a global access science source, 15(38). doi:https://doi.org/10.1186/s12940-016-0108-1
  • Patz, J. A., Frumkin, H., Holloway, T., Vimont, D. J., & Haines, A. (2014). Climate change: challenges and opportunities for global health. Journal of the American Medical Association, 312(15), 1565–1580. doi:https://doi.org/10.1001/jama.2014.13186
  • Rao, M., George, L. A., Shandas, V., & Rosenstiel, T. N. (2017). Assessing the Potential of Land Use Modification to Mitigate Ambient NO₂ and Its Consequences for Respiratory Health. . International Journal of Environmental Research and Public Health, 14(7). doi:https://doi.org/10.3390/ijerph14070750
  • Santé Canada. (2017). Les impacts sur la santé de la pollution de l’air au Canada: Une estimation des décès prématurés. Ottawa: Gouvernement du Canada
  • Shanahan, D. F., Bush, R., Gaston, K. J., Lin, B. B., Dean, J., Barber, E., & Fuller, R. A. (2016). Health Benefits from Nature Experiences Depend on Dose. . Scientific reports, 6. doi:https://doi.org/10.1038/srep28551
0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire le pourriel. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.