Article publié le : 23 septembre 2020

L’automne arrive et la pandémie joue les prolongations. Sommes-nous réellement prêts à faire face à une seconde vague, à l’approche de la traditionnelle période de la grippe? Dans l’attente d’un traitement, le vaccin antigrippal jouera, dans les prochains mois, un rôle décisif dans notre lutte anti-covid. Pour autant que nous ayons les coudées franches pour vacciner.

 

L’été a tiré sa révérence et laissé sa place à la rentrée. Tous espéraient que les mots pandémie, coronavirus et covid-19 seraient alors de l’histoire ancienne. Mais il faut s’y résoudre: l’automne est lui aussi sous le signe du virus.

Cette crise sanitaire mondiale aura bouleversé de façon extraordinaire nos vies et nos sociétés. Et ce n’est pas fini, tant sa contagiosité et ses effets à long terme ne cessent de nous surprendre. Les cas remontent dans plusieurs pays, au gré des rassemblements (familiaux, religieux, scolaires, de travail, etc.). Alors que nous glissons vers la saison froide et les activités intérieures, l’évolution demeure plus qu’incertaine. Il y a lieu de craindre le pire.

Un monde toujours sous haute tension

La grande interrogation de l’heure est autant épidémiologique que sémantique: doit-on ou non parler de deuxième vague? Des épidémiologistes hésitent encore à employer ces termes pour qualifier l’augmentation des cas observés partout dans le monde, considérant qu’il est trop tôt pour statuer. Car, de manière générale, on observe que les nouveaux cas d’infections semblent plutôt asymptomatiques et concentrés au sein des couches les plus jeunes de la population.

Par ailleurs, redoutée par tous, la remontée en puissance du virus prend de la consistance et plusieurs pays se voient contraints de réimposer le confinement, partiel ou total. De l’Inde au Venezuela, en passant par l’Europe et l’Amérique, la menace de reconfinement est notre épée de Damoclès.

Sommes-nous mieux préparés qu’au printemps ?

Bien sûr, nous avons appris de la première vague. Les gestes barrières et le port du masque se sont démocratisés et font désormais partie de notre quotidien. En tant qu’infirmières et infirmiers, nous avons également appris à réorganiser les structures de soins, organiser les dépistages à grande échelle et leurs suivis (voir pour cela nos Grandes discussions). Tous ces éléments, ainsi qu’un dépistage massif, vont nous aider à lutter contre la prochaine vague.

Cependant, les systèmes de santé sont dans une situation fragile qui n’invite pas au relâchement. Plusieurs pathologies non-covid (cancers, santé mentale, chirurgies) ont subi des délais qui ne peuvent souffrir d’être prolongés, pour la santé des patients. De leur côté, les équipes font face à la fois à une pénurie criante de personnel infirmier, un épuisement compréhensible et des mises en quarantaine fréquentes. Tous ces éléments forment un cocktail délétère et préjudiciable advenant une nouvelle vague brutale. Comment tenir cette course contre la montre qui s’inscrit désormais dans un marathon?

L’arme de prévention massive

La réponse réside dans l’engagement et la collaboration. Bien qu’il soit essentiel que les systèmes de santé se préparent et optimisent leur organisation des soins, nous nous devons, dans cette pandémie inouïe, de tous collaborer pour que ces systèmes puissent répondre adéquatement aux besoins de la population. L’engagement de tous — citoyens, professionnels de la santé et gouvernements — est impératif. La coopération internationale pour la recherche et la future distribution d’un vaccin en est l’un des exemples criants.

Malheureusement, l’automne sonne également le retour d’un virus saisonnier qui a lui aussi des effets tant sur la santé que sur l’engorgement des systèmes de soins : la grippe. La combinaison des deux virus (influenza et covid-19) pourrait avoir des conséquences graves sur la capacité de soigner de nos systèmes. Déjà, en juillet dernier, la Commission européenne interpellait les états européens à se préparer à affronter une interaction, sous forme de «cocktail-ravageur», avec la grippe saisonnière à l’automne.

De ce fait, et plus que jamais, la vaccination contre la grippe devient un impératif de santé publique. Se faire vacciner, un acte citoyen. «Avec la recrudescence des virus hivernaux, le suivi de l’épidémie risque de se compliquer, indique Vittoria Colizza, directrice de recherche à l’Inserm. La recommandation est de se faire vacciner pour avoir le moins de cas de grippe possible, car ceux-ci pourraient compliquer la surveillance et le dépistage de la Covid-19. Il s’agit aussi d’alléger la pression potentielle sur le système de santé».

Le vaccin contre la grippe devient donc notre nouvel allié, qui s’ajoute à la stratégie anti-covid. Nous, infirmières et infirmiers, sommes formés et prêts à accomplir cet acte vaccinal à grande échelle.  Nous sommes également formés à véhiculer une information juste et validée sur la vaccination et ainsi à contrer la désinformation qui circule librement au sein des populations.

Nous sommes prêts, pour cette campagne contre la grippe, tout comme celle contre la covid quand le vaccin sera disponible. Si tant est que nous en ayons la pleine latitude et l’autonomie pour effectuer ce geste.

Faire internationalement de la vaccination un acte infirmier

Dans sa prise de position intitulée Expertise infirmière : pierre angulaire des stratégies efficaces en vaccination, le SIDIIEF rappelait, en avril dernier, le rôle incontournable que jouent les infirmières et les infirmiers dans les stratégies vaccinales. Malgré la pandémie de coronavirus, les campagnes vaccinales majeures doivent se poursuivre pour protéger les populations. Et l’expertise infirmière est — et sera toujours — garante du succès de ces campagnes.

Expertise infirmière: pierre angulaire des stratégies efficaces en vaccination

Formant le groupe professionnel majoritaire dans tous les contextes de soins, les infirmières et les infirmiers sont au cœur des stratégies de santé publique. Ils contribuent significativement à la réduction et au contrôle des maladies infectieuses. Le SIDIIEF estime donc crucial que les infirmières et les infirmiers acquièrent davantage d’autonomie et de responsabilités dans le processus de vaccination de tous les pays.

Par leur nombre et leurs compétences, les infirmières et les infirmiers sont en mesure d’aider les systèmes de santé à répondre aux besoins en vaccination. L’autonomie des infirmières et infirmiers dans le processus de vaccination devient encore plus urgente dans le contexte actuel de pandémie. Limiter leur champ de pratique est incompréhensible.

Il est donc urgent de lever les obstacles et de permettre aux infirmières et aux infirmiers d’assumer pleinement leur rôle auprès de l’ensemble de la population, et d’utiliser leurs compétences à leur juste valeur dans une future campagne de vaccination rapide et massive contre la grippe et éventuellement contre la Covid-19.

Dans un même élan, il est de la responsabilité des infirmières et infirmiers de sensibiliser l’opinion publique à l’importance vitale de la vaccination complète tout au long de la vie, y compris aujourd’hui, avec le vaccin contre la grippe. On l’a vu, l’atteinte de cet objectif est indissociable du combat envers les fausses croyances. Et dans ce combat, la profession infirmière a un rôle important de sensibilisation et de diffusion d’une information validée à jouer. Alors que les scientifiques s’acharnent à mettre au point un vaccin sécuritaire, les «anti-vax» manifestent contre le vaccin et le port du masque. Les arguments complotistes montent en puissance, relayés à grand coup de «likes» sur nos médias sociaux. Notre sens critique et notre expertise doivent, par-delà nos croyances, nous servir à donner une information juste, basée sur les preuves scientifiques, et ainsi prioriser le bien-être des patients et de la population.

Encore une fois, le rôle des infirmières et des infirmiers, aussi multiple qu’indispensable, sera l’une des pierres angulaires des stratégies et actions de vaccination, pour la grippe et pour la covid quand le vaccin arrivera. Assurons-nous politiquement d’avoir toute l’autonomie nécessaire pour faire des campagnes vaccinales des succès.

Assurons-nous de mettre à jour nos connaissances pour que la promotion de ces campagnes soit un succès auprès des populations.

Faisons internationalement de la vaccination un acte infirmier.

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